piment crème

Block printing

J’ai choisi de travailler avec l’Inde car lorsque j’y ai voyagé, je suis tombée amoureuse des tenues colorées locales. Ce pays possède un artisanat textile incroyable. Malheureusement, les indiens se tournent de plus en plus vers des modes de production rapides et lucratifs. L’artisanat est délaissé au profit de l’industrie qui fabrique des quantité de tissus synthétiques imprimés par des machines. La qualité en devient médiocre, le tissu est moins confortable et des produits chimiques dangereux pour l’homme et l’environnement sont souvent utilisés pour les teintures.

J’avais donc plutôt envie de privilégier un petit producteur artisanal. J’ai choisi le block printing, une technique d’impression que je trouve très esthétique. D’origine chinoise, elle est pratiquée au Rajasthan depuis le 18ème siècle. Les motifs sont gravés dans un tampon en bois qui sera appliqué à la main sur le tissu. Le résultat n’est pas parfait, ce qui à mon avis ajoute à son charme. Cet article est l’occasion de vous dévoiler ce procédé plus en détails.

Le producteur de tissu que j’ai choisi travaille dans un petit village aux abords de Jaipur. Je m’y suis rendue afin d’assister à la création des tissus pour la collection de tem pimenta. Cela va durer plusieurs jours et heureusement pour moi, la mousson tarde encore à arriver. Une fois qu’elle aura débuté, les tissus ne pourront plus sécher correctement, ce qui ralentit ou empêche toute production.

La première étape est l’élaboration des couleurs qui serviront à l’impression des tissus. L’artisan qui s’en charge semble être un expert en la matière. Il jette un coup d’oeil à la couleur de l’échantillon que j’ai choisi, saisit quelques bidons et commence un mélange sans prendre aucune mesure. Il affine ensuite le résultat de manière très intuitive et me demande mon avis. C’est parfait!

Quelques jours plus tard, je me rends au bord de la rivière, là où les tissus sont teints. L’atelier est en plein air. Il fait très chaud et les travailleurs cherchent l’ombre sous un pan de toile. Lors de cette deuxième étape, les bandes de tissus sont d’abord trempées dans plusieurs cuves afin d’être lavées et imprégnées de fixateurs. Puis, on passe à la teinture. Le dispositif est impressionnant: deux énormes cylindres autour desquels s’enroulent les tissus surplombent une cuve remplie de teinture. Je me sens loin des machines sophistiquées et des usines. Ici, tout est actionné manuellement. L’homme qui tourne la manivelle me montre que la cuve est chauffée par un feu. Ainsi, la couleur se fixe mieux sur le coton.

Une fois teints, les tissus sont séchés pendant 24 à 48 heures. Ils sont étendus sur de gigantesques constructions en bambous de plus de 4 mètres de haut. En venant de Jaipur, lorsque l’on franchit la rivière, on peut voir de toutes parts ces immenses étendards se dressant sur les berges, sur lesquels s’accrochent des rubans d’étoffe.

Lorsqu’ils sont secs, les tissus sont transférés dans les ateliers d’impression. Les artisans travaillent ici dans une grande pièce aérée par d’énormes ventilateurs. Lors de cette quatrième étape, il faut commencer par épingler les bandes sur des grandes tables. C’est un travail minutieux: le tissu doit être tendu partout, afin que les motifs ne s’impriment pas sur des plis. La teinture est alors versée dans un bac, posé sur un chariot à roulettes. L’artisan trempe le bloc dans la couleur puis l’applique consciencieusement sur le coton. Cette tâche demande une grande concentration et beaucoup de précision. Il s’agit de faire concorder au mieux chaque empreinte avec les bords de la précédente, pour obtenir un ensemble régulier. Le résultat est « presque » parfait. C’est dans cette nuance que s’exprime pour moi toute la beauté du geste artisanal. Chaque mètre de tissu est ainsi unique.

Après l’impression, les tissus doivent à nouveau sécher. En dernier lieu, ils sont enroulés dans des tissus de protection et placés sur un grand bidon rempli d’eau, lui-même chauffé par un feu. C’est le « steaming », un passage à la vapeur qui fixe une dernière fois la couleur des imprimés.

Assister à la création artisanale des tissus de ma collection fût passionnant. J’ai été impressionnée par le savoir-faire des artisans. Je suis maintenant impatiente de découvrir le résultat final.

Après quelques jours d’attente, je me rends enfin dans les bureaux. Je découvre avec émotions les piles de tissus. Mes tissus!!!

Je pars alors pour le sud de l’Inde. J’ai déjà plusieurs jours de retards sur mon planning. Mais rien d’exceptionnel selon la culture locale…