India

Deutsche Version
English version

Le 15 juin 2014, je me rends en Inde pour 5 semaines, afin de trouver les tissus de la première collection et découvrir l’atelier de couture qui va produire mes créations.

Je viens de passer 10 mois à élaborer mes modèles. Le rythme s’est accéléré au fil des dernières semaines et c’est tout juste si j’ai pu terminer les patrons définitifs avant mon départ (le patron est la « maquette » du vêtement).

Je quitte la Suisse alors que l’été bat son plein. Après 8 heures de vol, j’arrive à New Delhi. C’est la troisième fois de ma vie que je pose le pied sur le sol indien. Le choc culturel est à chaque fois aussi intense. L’Inde est un pays qui éveille chaque sens. Les stimuli sont forts, certains enivrants, d’autres étouffants.

vendeur de rue

Une fois dans le taxi, je sens sur ma peau la moiteur, la poussière et le vent qui s’engouffrent par la fenêtre. Les yeux mi-clos, j’ai l’impression que c’est un sèche-cheveux brûlant qui me souffle au visage. Dans mes oreilles résonnent les klaxons, un bruit caractéristique du milieu urbain et qui ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit. Au milieu des moteurs pétaradants et des crissements de freins, la radio grésillante de mon taxi diffuse la voix nasillarde d’une chanteuse locale. Je respire les gaz d’échappements à plein nez, les effluves de nourritures épicées des vendeurs de rue, les volutes d’encens et les fleurs musquées. Le tout se mêle aux odeurs écoeurantes d’égouts, de bidons-villes et d’ordures qui jonchent les rues.

Je suis encore une fois éblouie par les couleurs éclatantes des vêtements indiens. J’aperçois les tâches jaunes et vertes des rickshaws qui slaloment allègrement dans la circulation. Je compte poules, chèvres, cochons, vaches aux abords de la route, certains s’étant aventurés sur la chaussée. Après cette première incursion nocturne dans le pays, j’arrive enfin chez une amie qui m’héberge à Delhi. Les retrouvailles sont l’occasion d’un bon repas. Mes papilles ravies, renouent avec les délicieuses saveurs locales. Comme lors de mes voyages précédents, je me régale des mets assaisonnés de tant d’épices: cardamome, cannelle, curcuma, girofle, moutarde, cumin, piment, fenouil, muscade… pour n’en citer que quelques unes.

Quelques jours après mon arrivée à Delhi, je mets le cap sur le Rajasthan. Les éléphants et les dromadaires s’ajoutent ici au décor urbain. Il y fait toujours aussi chaud, mais l’air est plus sec. Le désert est proche.

charmeur serpent

Je me mets à la recherche de tissus pour ma collection. Par chance, je rencontre une personne formidable, Khan, mon chauffeur de rickshaw. Il me guide dans la ville de Jaipur et me fait visiter différentes échoppes qui vendent des tissus en gros. Les marchands déroulent les étoffes, m’offrent du chaï (thé noir indien au lait et aux épices) que nous partageons assis à même le sol, au milieu des coupons de tissus. Après 3 jours, je choisis le producteur avec lequel je voudrais travailler. Je décide de faire fabriquer des tissus spécialement pour ma collection, afin de répondre au mieux à mes attentes. Je peux ainsi choisir les motifs, la technique d’impression, les couleurs et le type de cotton.

La journée suivante est intense car il me faut passer en revue tous les motifs à disposition. Il faut choisir et vite. Ma commande doit être exécutée avant que je ne quitte le Rajasthan. Je passe des heures à fouiller dans des sacs d’échantillons. Il fait très chaud dans le magasin et malgré le ventilateur qui s’agite au-dessus de ma tête, je sens les gouttes de sueur qui dégoulinent le long de mon corps. C’est bientôt la saison de la mousson et le thermomètre frôle les 45 degrés. Le soir, je redessine tous mes modèles afin de définir les couleurs des tissus et les assemblages de motifs. Le lendemain, je suis enfin prête et commande 700 mètres de tissu. Je me réjouis de suivre de près tout le processus de teinture et d’impression. Plus de détails dans le prochain article!

——————————————————————————————————————————————-

Meine Reise nach Indien

 

Am 15. Juni 2014 fliege ich für fünf Wochen nach Indien. Dort will ich die Stoffe für meine erste Kollektion finden und das Nähatelier besuchen, das meine Kreationen anfertigen soll.

Während 10 Monaten habe ich meine Modelle entwickelt. Der Rhythmus hat sich in den letzten Wochen gesteigert und ich habe es knapp geschafft, all meine definitiven Muster vor dem Abflug bereitzustellen.

Ich verlasse die Schweiz mitten im Sommer und komme nach 8 Stunden Flug in New Delhi an. Zum dritten Mal in meinem Leben setze ich den Fuss auf indischen Boden und verspüre zum dritten Mal einen intensiven Kulturschock. Indien spricht alle fünf Sinne an, die Reize sind heftig, zum Teil berauschend, zum Teil erstickend.

vendeur de rue

Im Taxi spüre ich die Feuchtigkeit auf meiner Haut, den Staub und den Fahrwind durchs offene Fenster. Ich habe die Augen halb geschlossen; die Luft ist heiss, trotz der späten Stunde. Hupen, knatternde Motoren, Fehlzündungen und kreischende Bremsen vermischen sich zur für indische Städte charakteristischen Geräuschkulisse. Im Autoradio ist die näselnde Stimme einer lokalen Sängerin zu hören. In vollen Zügen atme ich Abgase, Schwaden von Weihrauch und Blumenduft und den Geruch gewürzter Speisen der Strassenverkäufer ein. Über allem liegt der ekelhafte Gestank von Kloaken, Slums und den Abfällen, die die Strassen säumen.

Wieder bin ich geblendet von den leuchtenden Farben der indischen Kleider. Meine Augen folgen den Rikschas, die sich als gelbe und grüne Flecken durch den Verkehr schlängeln. Ich zähle die Hühner, Ziegen, Schweine, Kühe am Strassenrand; manche wagen sich sogar auf die Fahrbahn. Nach dieser ersten nächtlichen Kontaktaufnahme mit dem Land komme ich endlich bei einer Freundin an, bei der ich auch wohnen kann. Das Wiedersehen wird mit einer indischen Mahlzeit gefeiert. Ich freue mich, die lokalen Köstlichkeiten, die ich von früheren Reisen kenne, wieder geniessen zu dürfen. Die Gerichte sind mit Kardamome, Curcuma, Nelken, Senfkörnern, Kümmel, Pfefferschoten, Fenchelsamen und Muskatnuss gewürzt.

Einige Tage später verlasse ich Delhi Richtung Rajasthan. Hier gehören nun auch Elefanten und Dromedare zum Stadtbild. Es ist noch immer sehr heiss, aber die Luft ist trockener. Die Wüste ist nicht weit entfernt.

charmeur serpent

Ich mache mich auf die Suche nach Stoffen für meine Kollektion. Per Zufall lerne ich Khan den Rikschafahrer kennen, ein wunderbarer Mensch! Er ist mein Führer in der Stadt Jaipur und bringt mich auch zu verschiedenen Marktständen, die Stoffe en gros verkaufen. Die Händler breiten ihre Stoffballen aus und bieten mir Chai an, den schwarzen indischen Tee mit Milch und Gewürzen. Wir sitzen auf dem Boden inmitten der Stoffmuster und trinken Tee. Nach drei Tagen habe ich meine Wahl getroffen und weiss, mit welchem Händler ich arbeiten werde. Ich beschliesse, die Stoffe für meine Kollektion speziell anfertigen zu lassen, damit sie genau meinen Anforderungen entsprechen. So kann ich die Baumwollart, die Drucktechnik, die Farben und die Motive wählen.

Der nächste Tag ist sehr arbeitsintensiv. Ich muss aus allen in Frage kommenden Motiven auswählen, und zwar schnell! Meine Bestellung muss ausgeführt sein, ehe ich Rajasthan verlasse. So wühle ich stundenlang in Musterhaufen. Es ist sehr heiss im Laden, und trotz des Ventilators, der sich über meinem Kopf dreht, fühle ich Schweisstropfen meinem Körper entlang rinnen. Bald beginnt der Monsun und die Temperatur geht gegen 45°C. Am Abend zeichne ich all meine Muster nochmals. Ich muss die Farben und die Anordnung der Motive jetzt definieren. Am nächsten Tag kann ich dann endlich meine 700 m Stoff bestellen. Ich freue mich darauf, die Färb- und Druckprozesse aus der Nähe verfolgen zu können. Ob das Resultat meinen Vorstellungen entsprechen wird?

Mehr darüber im nächsten Artikel.

——————————————————————————————————————————————-

My trip to India

 

On June 15th 2014 I’m leaving for India. I have five weeks to find the fabrics and a production partner for my collection.

The conception of my pieces has taken ten months. During the last few weeks my work rhythm has accelerated and I have just been able to finish all my patterns before my departure for India.

I leave Switzerland in the beginning of summer. After an eight-hour flight I arrive in New Delhi. Even though this is my third visit to India, the cultural shock is as intense as ever. India speaks to all your senses. The stimuli are strong; some are intoxicating, some stifling.

vendeur de rue

When I am finally seated in a taxi I can feel on my skin the humidity and the dust blowing in through the open window. I half close my eyes and feel the air, still hot this late in the day. I listen to the honking, characteristic for any Indian city at any time of day or night, mixed with the sounds of backfiring engines and the squealing of breaks. Through the crackling of the radio I can hear the voice of a local singer with a nasal twang. I breathe in the exhaust fumes, the scents of flowers, of incense and of spicy food from food stalls along the road, overlaid by the revolting stink of sewage, slums and the rotting garbage along the road.

Again I am almost blinded by the bright colours of Indian dresses. Rickshaws weave as yellow and green spots in and out of the traffic. I am counting the chickens, goats, pigs, and cows along the road, some of them even braving the traffic.

After these first nocturnal impressions of the country I finally arrive at a friends house, where I will stay for a few days. She welcomes me with a wonderful meal. I am delighted to taste once again the spicy Indian food prepared with cardamom, cinnamon, curcuma, clove, mustard seeds, cumin, peppers, fennel, nutmeg …

After a few days in New Delhi I leave for Rajasthan, where elephants and dromedaries mingle with the city traffic. It is still very hot, but the air is drier. We are not far from the desert.

charmeur serpent

I start looking for the fabrics for my collection. By accident I meet a wonderful person: Khan, a rickshaw driver. He is my guide in the city of Jaipur and takes me to the stalls where fabric is sold wholesale. The merchants roll out their bundles of cotton and offer me tea. Sitting on the ground in the middle of colourful samples we are sipping our black Indian tea with milk and spices. After three days I have chosen the person I wish to work with. I decide to have the material for my collection specially manufactured, so that it meets my specific expectations. I can thus choose the type of cotton, the colours, the motifs and the printing technique.

The following day means intensive work. I have to make my choices quickly because I want my order to be fulfilled before I leave Rajasthan. I spend hours digging through piles of samples. It is extremely hot and in spite of the fan turning above my head I can feel droplets of sweat running along by body. Soon it will be monsoon season and temperatures are around 45°Celcius. I need to define the colours and the placing of the motifs on the finished pieces, so in the evening I am redrawing all my patterns. The next day I am finally ready to order my 700 m of fabric. I am looking forward to follow closely the process of dying and printing. Will the result correspond to what I imagine?

More in my next article.